En septembre 2025, dans l’Arlésienne n°25, nous avions publié plusieurs enquêtes sur les pratiques de la mairie de Beaucaire, ville conquise par le parti d’extrême droite depuis 2014. En particulier, notre enquête sur la politique discriminatoire de sélection des installations de commerces qui n’a pas plu à la Mairie (voir À Beaucaire, le RN sélectionne les commerces à son goût). Nous expliquions notamment que « certains commerces sont encouragés, tandis que d’autres, tenus par des Maghrébins ou des Latino-Américains, se voient systématiquement exclus ».
Sans que ni Julien Sanchez, ni Nelson Chaudon ne nous aient répondu pour cet article, les deux élus et la Mairie nous ont donc attaqué en justice pour diffamation. Pour se défendre, l’ancien maire, désormais député européen se justifiait auprès de France 3 de n’avoir « jamais été condamné pour cela ».
Les dessous de la municipalité RN
Si nous revenons en arrière, en 2014, lors de la campagne des municipales, Julien Sanchez expliquait pourtant à BFMTV qu’une fois élu « la Mairie fera jouer son droit de préemption pour éviter que les commerces communautaires ne s’installent. On a quand même quatre kébabs dans le centre historique… ». Trois ans plus tard, en 2017, le Tribunal administratif de Nîmes avait annulé deux arrêtés de la Mairie, du 6 et 17 juin 2015, réglementant l’ouverture tardive d’épiceries et de commerces des rues Nationale et Ledru-Rollin. Des mesures discriminatoires selon des commerçants d’origine maghrébine. À l’époque, Julien Sanchez justifiait cela à l’époque par la tranquillité, la salubrité et la sécurité publique ; le Tribunal lui, a cassé les arrêtés car les mesures étaient non proportionnées.
Pour mieux comprendre l’ampleur de la gestion du RN à Beaucaire, nous avions listés les recrutements par la Mairie de plusieurs identitaires, notamment des anciens du groupuscule d’extrême-droite dissous en 2021, Génération Identitaire. Nous avions aussi raconté le combat de l’équipe municipale pour installer une crèche de Noël dans la mairie, malgré les condamnations, ou encore l’imposition du porc dans ses cantines.
Malgré les pressions, enquêter
Si ce genre de procédure vise à décourager et à nous faire perdre de l’argent, les enquêtes, elles, ne s’arrêtent pas. En avril 2026, nous avions révélé les méthodes et orientations de la police municipale beaucairoise dans l’Arlésienne N°27. Deux agents avaient notamment identifiés avec vidéosurveillance et retrouvés en pleine nuit des habitants qui avaient craché sur des affiches du RN, pour ensuite les forcer à nettoyer leurs crachats, au son des « Faites-le moi briller mon Jordan ! ». Quelques jours plus tard, les deux amis recevaient une contravention pour ces crachats.
Le travail est loin d’être fini donc. À la suite des municipales de 2026, de l’autre côté du Rhône, la mairie de Tarascon est elle aussi tombée dans les mains du RN. Et la rédaction entend poursuivre et intensifier son suivi sur l’extrême-droite municipale dans ces deux municipalités.
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